Chats et croquettes pour chien : pourquoi cette alimentation est loin d’être adaptée

Pourquoi chat et chien n’ont pas les mêmes besoins ?

À première vue, l’alimentation industrielle des chats et des chiens paraît assez similaire : croquettes, pâtées, sachets… Pourtant, leurs besoins nutritionnels sont radicalement différents, car leur biologie ne fonctionne pas de la même façon.

  • Le chat est un carnivore strict (obligatoire) : son organisme a évolué pour assimiler des protéines animales de haute qualité, issues de la viande, et il dépend d’acides aminés essentiels, de vitamines et de nutriments spécifiques, qu'il ne peut pas synthétiser seul. (Source : AFSSA, 2000)
  • Le chien est dit carnivore opportuniste : plus flexible, il peut assimiler une alimentation plus variée, comprenant même certains végétaux.

Cette différence influe notamment sur l’exigence en certains nutriments souvent absents – ou présents à des taux très faibles – dans une alimentation pour chien.

Les carences nutritionnelles majeures en cause

L’alimentation pour chien n’est pas élaborée selon le profil nutritionnel félin. Voici trois carences critiques qui guettent les chats nourris de façon répétée ou exclusive avec des rations pour chiens.

1. La taurine : un enjeu vital

  • Qu’est-ce que la taurine ? Un acide aminé essentiel pour le chat, crucial pour la vision, la digestion, la fertilité et le bon fonctionnement cardiaque.
  • Spécificité féline : le chat ne peut produire suffisamment de taurine par lui-même, contrairement au chien (qui la synthétise à partir d’autres acides aminés). (Source : NRC, Nutrient Requirements of Cats and Dogs, 2006)
  • Conséquences d'une carence :
    • Dégénérescence de la rétine, menant peu à peu à la cécité
    • Cardiomyopathie dilatée (insuffisance cardiaque grave)
    • Troubles du développement chez les chatons ou retard de croissance
  • À retenir : les aliments pour chien ne sont quasiment jamais supplémentés en taurine, ou à des doses très insuffisantes pour couvrir les besoins du chat.

2. Vitamine A : le chat dépendant des apports animaux

  • Rôle : intervient dans la vision, la croissance, la protection des muqueuses et de la peau.
  • Particularité féline : le chat ne sait pas transformer le bêta-carotène (présent dans les végétaux) en vitamine A active, contrairement au chien.
  • Conséquences d’une carence :
    • Cécité, troubles de la reproduction, retard de croissance, problèmes cutanés
  • À souligner : les croquettes chien sont rarement enrichies en vitamine A à hauteur des besoins du chat, car le chien exploite aussi les caroténoïdes des plantes.

3. Acide arachidonique : un oméga-6 indispensable

  • Nature : acide gras essentiel des animaux terrestres, indispensable à la santé de la peau, des reins, de la reproduction et du système immunitaire du chat.
  • Problème : seul le chat ne sait pas en fabriquer à partir des précurseurs végétaux (comme l’acide linoléique).
  • Dans les croquettes chien : taux souvent très bas, voire absent, surtout dans les aliments riches en végétaux (pour chien stérilisé, chien sénior, etc.).
  • Risques : lésions cutanées, sécheresse oculaire, atteintes hépatiques, troubles de la croissance chez le chaton.

Carences et conséquences sur la santé du chat : que risque-t-il vraiment ?

Nourrir ponctuellement son chat avec des croquettes pour chien n’engendre généralement pas de conséquence immédiate. Mais une consommation régulière, sur plusieurs semaines ou mois, mène forcément à des carences préoccupantes.

Carence Symptômes chez le chat
Taurine Détérioration de la vision nocturne, arythmie, faiblesses musculaires, risque de cécité irréversible après plusieurs mois
Vitamine A Troubles cutanés, baisse d’immunité, troubles reproductifs, ophtalmopathies
Acide arachidonique Inflammation de la peau, pelage terne, lésions, sécheresse des muqueuses, fatigue chronique

Selon l’Association Américaine des Médecins Vétérinaires (AVMA), les premiers signes de malnutrition peuvent apparaître après 2-3 semaines seulement si le chat consomme exclusivement de l’alimentation pour chien. (Source : AVMA)

Autres différences : protéines, énergie, goût…

Les carences citées plus haut ne sont pas les seules différences. Bien d’autres aspects distinguent l’alimentation féline d’une ration canine.

  • Teneur en protéines : le chat a besoin de 30 à 45% de protéines selon son âge et sa condition, contre 18 à 26% pour le chien (Source : FEDIAF, 2021). Les aliments pour chien sont souvent trop pauvres en protéines animales pour couvrir ses besoins.
  • Énergie : le chat dépense moins d’énergie que la plupart des chiens, mais il est sensible au manque de lipides (graisses de qualité).
  • Goût et appétence : les chats sont réputés exigeants ; les aliments pour chiens sont adaptés à un palais plus “large”, ce qui peut repousser certains chats ou, au contraire, camoufler leur manque d’intérêt pour une alimentation peu adaptée.

Pourquoi les chats partagent-ils parfois la gamelle du chien ?

Si leur nourriture est si différente, pourquoi trouve-t-on des chats qui viennent chiper dans la gamelle du chien ? Voici quelques explications fréquemment observées par les comportementalistes félins :

  • Curiosité naturelle : l’odeur différente attire le chat, tout comme la recherche de nouveauté
  • Stratégie d’opportuniste : certains chats aiment piocher là où le chien mange, pour marquer leur présence ou affirmer leur place
  • Problème d’accès à leur propre nourriture, concurrence, ou gamelle non appétente
  • Manque de stimulation alimentaire ou d’enrichissement

Mais aussi inattendu ou drôle cela puisse paraître, il est important de limiter ces incursions alimentaires, notamment chez les chats fragiles (âge, gestation, chatons…).

Comment éviter que son chat ne mange de l’alimentation pour chien ?

  1. Garder les gamelles séparées : placer les gamelles du chat et du chien dans des pièces différentes, en hauteur pour le chat si possible (le chien n’ira pas s’y aventurer)
  2. Surveiller les temps de repas : instaurer des repas à horaires fixes si possible, retirer la gamelle non terminée
  3. Favoriser l’appétence de l’aliment félin : vérifier que la nourriture du chat est adaptée, de bonne qualité, régulièrement renouvelée et appétissante.
  4. Occuper le chat durant les repas du chien : jouets, distributeurs de croquettes, cachettes alimentaires
  5. Consulter un spécialiste si le chat se détourne systématiquement de ses croquettes ou pâtées habituelles

Foire aux questions: situations courantes

  • Un chat adulte qui mange de petites quantités de croquettes pour chien, de manière très ponctuelle, risque-t-il “tout de suite” des troubles ? Non, pas de risque immédiat à la moindre “bouchée volée”, mais une exposition répétée et régulière entraînera obligatoirement des déséquilibres préjudiciables.
  • Mon chat refuse sa propre nourriture et se dirige vers celle du chien, que faire ? Il est conseillé de faire un bilan vétérinaire : perte d’appétit ou changement d’habitude alimentaire peut traduire un problème de santé ou un malaise lié à l’aliment ou à l’environnement.
  • Pourquoi y a-t-il autant de différences entre les croquettes chat et chien si les deux sont “carnivores” ? L’évolution du chat est très différente; sa physiologie le rend totalement dépendant de certains nutriments animaux, tandis que le chien est capable d’adapter son régime à une grande variété d’ingrédients.

Une vigilance qui fait la différence

Loin d’une simple question de goût ou de variété, l’alimentation du chat doit être parfaitement adaptée à sa biologie : une alimentation pour chien est inadaptée sur la durée et expose à des conséquences parfois irréversibles. Si le partage de gamelle peut sembler anodin, il importe d’en limiter la fréquence et d’investir dans une alimentation spécifiquement conçue pour les besoins du félin.

En cas de doute, de refus alimentaire ou de questions sur la cohabitation chat-chien, les conseils de votre vétérinaire restent la meilleure boussole. Favoriser une alimentation respectueuse des besoins de chacun contribue à leur santé et, in fine, à une cohabitation heureuse et sereine à la maison.

Pour approfondir : consultez les recommandations de la FEDIAF (Fédération européenne de l’industrie des aliments pour animaux familiers), de l’AFSSA, ou l’ouvrage de référence du NRC sur les besoins nutritionnels des carnivores domestiques.