Chiens & chats : comprendre ce qui différencie vraiment leurs besoins nutritionnels

Des carnivores pas comme les autres

Pour saisir pourquoi il existe des écarts aussi marqués dans les besoins, il faut revenir à l’origine de chaque espèce et à son mode de vie ancestral.

  • Le chat : carnivore strict. Instinctivement, le chat se nourrit presque exclusivement de proies animales, avec une très forte prédominance de protéines et un besoin en certains nutriments spécifiques (ex : taurine). Source : ANSES, 2018
  • Le chien : omnivore opportuniste. Même s’il descend du loup, le chien a, au fil de sa domestication, diversifié son alimentation. Son tube digestif s’est adapté pour tolérer certains végétaux (céréales, légumes), tout en conservant un besoin majoritaire en protéines animales. Source : Faculté de Médecine Vétérinaire de l’Université de Montréal

Tableau comparatif : besoins alimentaires essentiels

Besoins Chat Chien
Protéines (% de l’apport calorique) 30 à 50 % 18 à 25 %
Taurine (acide aminé essentiel) Obligatoire (50 mg/kg/j) Non essentiel
Vitamine A (apport direct) Doit la trouver prête dans la nourriture Peut la synthétiser à partir du bêta-carotène
Lipides 15 à 20 % 5 à 15 %
Glucides Faible tolérance Tolérance plus élevée

Besoins spécifiques : les nutriments à ne jamais négliger

Certains nutriments sont tout simplement vitaux pour le chat et accessoires pour le chien. Voici les points clés à connaître.

La taurine : un exemple marquant

  • Le chat: Incapable de synthétiser la taurine, il doit absolument en trouver dans son régime. Une carence peut conduire à de graves problèmes cardiaques ou à la cécité (source : NIH).
  • Le chien : Produit lui-même la taurine, sauf exceptions (certaines races, pathologies…)

Les protéines : quantité et qualité différentes !

  • Le chat : Son organisme est programmé pour transformer des protéines en énergie, même au repos. Il lui faut donc des sources de protéines de haute qualité, issues essentiellement de la viande ou du poisson.
  • Le chien : Moins strict sur la quantité, il peut digérer une partie de son énergie sous forme d’hydrates de carbone, même si les protéines restent nécessaires.

Vitamine A et acides gras essentiels : des différences décisives

  • Vitamine A : Le chat ne transforme pas le bêta-carotène en vitamine A – il lui la faut prête !
  • Chien : Peut transformer les carotènes des végétaux en vitamine A utilisable.
  • Certains acides gras essentiels : Le chat doit manger de l’acide arachidonique (huile animale), tandis que le chien sait le fabriquer à partir de végétaux.

Les erreurs fréquentes en alimentation croisée

Par facilité ou pour dépanner, il arrive que la nourriture du chien soit donnée au chat, ou vice versa. Coup d’œil sur les risques principaux pour chaque espèce.

  • Donner de la nourriture pour chien à un chat :
    • Risques graves de carence en taurine (cécité, troubles cardiaques)
    • Pas assez de protéines et de vitamine A assimilable
    • Teneur trop faible en acides gras essentiels
  • Donner une alimentation pour chat à son chien :
    • Trop riche en protéines et en lipides : surcharge hépatique et rénale possible, notamment chez les chiens âgés ou sensibles
    • Calories trop élevées : surpoids, troubles digestifs

Protéines, glucides, lipides : qui les digère le mieux ?

Les protéines

  • Chats : Utilisent activement les protéines même en période de repos, car leur foie est continuellement « allumé » pour ce métabolisme. Pour un chat adulte, il faut au minimum 5-6 g de protéines/kg de poids et par jour (source : FEDIAF).
  • Chiens : Un chien adulte en bonne santé pourra couvrir ses besoins avec 2 à 3,5 g de protéines/kg, selon le niveau d’activité (NIH).

Les glucides

  • Chats : Tolèrent mal les amidons, car leur pancréas produit peu d’amylase. Une alimentation trop riche en glucides peut favoriser surpoids et diabète (source : ScienceDirect).
  • Chiens : Meilleure adaptation à la digestion des sucres complexes ; jusqu’à 50 % de l’apport calorique peut provenir des glucides sans problème de santé chez un chien adulte en bonne santé.

Les lipides

  • Chats : Besoin élevé en acides gras animaux, attention à l’excès pour éviter la stéatose hépatique.
  • Chiens : Moins de lipides nécessaires, mais ils contribuent à la saveur et à l’apport en énergie pour les chiens sportifs ou en croissance.

Les risques d’une alimentation inadaptée 

  • Chez le chat : risques de maladies cardiaques (cardiomyopathies), rétinopathies, obésité, diabète et défaillances hépatiques.
  • Chez le chien : troubles digestifs, surpoids, carences en certains acides aminés chez les races sensibles (ex : Cockers, Labradors…)

Un chiffre frappant : selon une étude de la Royal Canin Veterinary Diets (2019), 40 % des chats nourris exclusivement avec de la nourriture pour chiens présentaient des signes de carences majeures dès 6 semaines.

Bien nourrir son animal : les bonnes pratiques par espèce

  • Pour le chat :
    • Privilégier les aliments riches en viandes ou poissons
    • Vérifier la présence de taurine, vitamine A et acides gras essentiels dans la composition
    • Limiter l’apport en céréales, éviter le sucre
  • Pour le chien :
    • Opter pour une alimentation équilibrée : protéines animales, céréales de qualité, huiles végétales et animales
    • Adapter les quantités selon activité, âge, état physiologique
    • Surveiller l’apport en graisses en cas de surpoids ou de maladies hépatiques

Les besoins évoluent : l’importance de l’âge et de l’état de santé

  • Seniors : Les besoins en protéines peuvent augmenter chez le chat âgé, tandis que chez le chien, il faut veiller à la digestibilité et à ne pas surcharger en calories.
  • Gestation, croissance : Des besoins doublés voire triplés, en particulier pour les chatons et chiots : surtout pas d’improvisation sur la ration à cet âge !
  • Maladies chroniques : Diabète, insuffisance rénale, allergies alimentaires… requièrent des ajustements, parfois très différents d’une espèce à l’autre (suivi vétérinaire indispensable).

Vers une alimentation toujours plus personnalisée

Chats et chiens nous obligent à sortir de la logique « une croquette va à tous ». Leur bonheur et leur santé tiennent à des menus respectueux de leurs différences biologiques. Les industriels proposent désormais des aliments de plus en plus ciblés. Pour ceux qui souhaitent aller plus loin, il existe de nombreuses études et recommandations mises à jour régulièrement par la FEDIAF (Fédération européenne de l'industrie des aliments pour animaux familiers) et l’AFVAC.

Le maître-mot : observer et s'adapter. Un chat qui maigrit, un chien qui se gratte, un pelage terne… autant de signes qui, associés à une alimentation inadaptée, doivent inciter à consulter.

Bien nourrir, c’est offrir à son animal une base solide pour une vie longue et pleine de vitalité. Les différences entre chats et chiens sont profondes : bien les comprendre, c’est agir concrètement pour leur bien-être au quotidien, à chaque étape de la vie.