Pourquoi intégrer du poisson dans la ration BARF ?
Le poisson présente un atout majeur dans un menu cru : c’est une excellente source de protéines animales, d’acides gras oméga-3 essentiels (notamment EPA et DHA), ainsi que de minéraux comme l’iode ou le sélénium. Chez le chien comme chez le chat, l’ajout de poisson est recommandé, mais pas systématique — il vient surtout varier et équilibrer l’apport nutritionnel, notamment sur le profil en acides gras.
- Les omega-3 présents dans les poissons gras contribuent à la santé de la peau, du pelage, des articulations et du cerveau (Source : Revue Vétérinaire Suisse, 2021).
- Le poisson est souvent moins calorique que la viande de mammifère ou de volaille, intéressant pour les animaux en surpoids.
- Il apporte des micronutriments sous des formes très assimilables, comme la vitamine D ou les vitamines du groupe B.
Dans certains pays nordiques, les poissons crus constituent même une base importante de l’alimentation des chiens de traîneaux depuis des générations (Le Monde, 2020).
Le poisson cru : avantages nutritionnels mais pas sans risques
Donner du poisson cru peut sembler naturel, mais cela n’est pas sans poser de questions sanitaires, que ce soit pour le chien ou le chat.
Les principaux bénéfices du poisson cru
- Conservation optimale des acides gras oméga-3 : La cuisson peut dégrader ou oxyder ces lipides fragiles. Cru, l’oméga-3 est mieux préservé.
- Appétence élevée : Beaucoup d’animaux raffolent du goût et de la texture du poisson cru.
- Faible risque d’intolérance : Peu d’animaux présentent des allergies au poisson, en dehors de cas isolés.
Les dangers et précautions à connaître
- Parasites et bactéries : Les poissons crus peuvent contenir Anisakis, Diphyllobothrium (ver du poisson), ou être porteurs de bactéries comme Listeria ou Salmonella (Source: ANSES, février 2022). Les poissons d’eau douce, en particulier, représentent le plus de risques parasitaires.
- Thiaminase : Certaines espèces de poissons — dont le hareng, l’anchois, la carpe, ou le capelan — renferment une enzyme appelée thiaminase, qui détruit la vitamine B1 (thiamine). Le manque de thiamine peut conduire à des troubles neurologiques graves, notamment chez le chat.
- Risques de carence calcique : Les petits poissons donnés entiers corrigent ce risque, car leurs arêtes apportent du calcium facilement assimilable. Sans cela, un déséquilibre calcium/phosphore peut apparaître.
- Bioaccumulation de polluants : Certains poissons sauvages (thon, espadon) concentrent métaux lourds et PCB, à éviter en alimentation quotidienne (Source : Ifremer, 2023).
À noter : La direction générale de l’alimentation (DGAL) préconise pour l’homme de ne pas consommer de poissons crus d’eau douce, et d’eux-mêmes, prudence sur leur utilisation chez l’animal.
Quels poissons donner ? Lesquels éviter ?
Tous les poissons ne se valent pas, surtout crus. Voici les plus adaptés à l’alimentation BARF et ceux qu’il vaut mieux contourner.
Les poissons à privilégier pour l’alimentation crue
- Sardine (Sardina pilchardus) : Très riche en oméga-3, petite taille, peu contaminée, arêtes molles.
- Maquereau : Bénéfique pour la peau, bon rapport phosphore/calcium si donné entier.
- Truite d’élevage : Bonne teneur en acides gras mais doit provenir de sources certifiées.
- Sprat, hareng frais (occasionnellement).
Poissons à limiter ou éviter
- Saumon du Pacifique cru : Peut transmettre le parasite et un germe appelé Neorickettsia helminthoeca, responsable de la “Salmon poisoning disease” chez le chien, mortelle sans traitement (plusieurs cas décrits en France avec du saumon importé, Source : Vet Record, 2017).
- Poissons d’eau douce sauvages : Brochet, carpe, perche… ➔ risquent de contenir des parasites transmissibles.
- Thon, espadon, requin : Contiennent souvent mercure, PCB et métaux lourds.
- Anchois, capelan et hareng (cru régulièrement) : Présence de thiaminase si donnés fréquemment.
Astuce : Préférer les petits poissons gras et limiter la fréquence du même poisson pour diversifier les apports et limiter la charge toxique.
Préparer le poisson cru de façon sûre : conseils pratiques
Voici les bonnes pratiques pour limiter les risques tout en profitant des vertus nutritionnelles du poisson cru dans le BARF :
- Privilégier le poisson congelé : La congélation à -20°C pendant au moins 7 jours permet de tuer la quasi-totalité des parasites risquant d’infester le chien ou le chat (Source : Norme européenne 853/2004/CE).
- Choisir des filières connues, de qualité “consommation humaine”, traçables et fraîches.
- Préparer en petites portions et conserver au froid ; donner dans les heures qui suivent le découpage.
- Limiter la fréquence : 1 à 2 fois par semaine, en rotation avec les viandes, pour éviter le risque de carence ou d’excès de certains minéraux.
- Privilégier le poisson entier (petite taille) : Permet de profiter à la fois des chairs, des arêtes et des organes sans déséquilibre calcium/phosphore.
- Surveiller d’éventuelles réactions (grattage, selles molles…) lors des premières introductions.
Une cuisson très douce () peut inactiver la thiaminase sans trop altérer les oméga-3 si le poisson frique en contient (source : American College of Veterinary Nutrition).
Poisson cru et chats : une vigilance accrue
Les chats sont particulièrement sensibles à la carence en thiamine. Plusieurs cas ont été documentés en Europe, avec des signes cliniques parfois tardifs : prostration, convulsions, troubles locomoteurs (Source : Journal of Feline Medicine, 2015). Pour cette espèce, il est recommandé :
- De ne jamais donner de poisson cru contenant de la thiaminase plus de une fois par semaine.
- De toujours varier entre viande, volaille et poisson.
- D’intégrer poisson principalement pour l’appétence, pas comme source principale d’alimentation.
- De privilégier les apports en thiamine par compléments si le poisson cru fait partie du menu très régulièrement.
Idées reçues et informations clés sur le poisson cru dans le BARF
- Le poisson cru n’est pas indispensable dans une ration BARF : il sert à compléter l’apport en certains acides gras, mais d’autres sources d’oméga-3 existent (huile de poisson sauvage, œufs, algues marines).
- Protéines, phosphore et iode issus du poisson varient selon l’espèce ; mieux vaut donc alterner les types de poissons.
- Les risques bactériens sont réels quoi qu’il en soit : un animal immunodéprimé, âgé ou souffrant d’une pathologie chronique ne devrait idéalement pas consommer de poisson cru.
- La supplémentation en thiamine peut être pertinente : Dès 30% de la ration composée de poisson cru du type hareng ou carpe, l’ajout de vitamine B1 est recommandé (source : NRC Nutrient Requirements of Dogs and Cats, 2006).
Tableau récapitulatif : principaux poissons, intérêts et précautions
| Poisson |
Apport nutritionnel |
Risque particulier (cru) |
Conseil pratique |
| Sardine |
Omega-3, calcium (entier), iode |
Rare, contaminants faibles |
Idéal, entier, après congélation |
| Maquereau |
Omega-3, vitamine D |
Légère thiaminase |
Varier, ne pas donner exclusivement |
| Hareng |
Omega-3, phosphore |
Thiaminase élevée |
À cuire occasionnellement ou donner ponctuellement cru |
| Saumon Pacifique |
Omega-3, protéines |
Parasites, salmon poisoning |
Éviter cru, privilégier cuit ou alternatif |
| Carpe, brochet |
Protéines, Oméga-3 |
Beaucoup de parasites d’eau douce |
À éviter cru chez chiens et chats |
| Thon, espadon |
Protéines, Oméga-3 |
Mercure, métaux lourds |
Jamais cru en ration principale |
Des apports nutritionnels essentiels, mais à encadrer
Le poisson cru enrichit le régime BARF par sa diversité nutritionnelle et son appétence, mais implique une vigilance particulière : choix des espèces, congélation préalable, limitation sur la fréquence et attention accrue chez le chat. L’avis d’un vétérinaire nutritionniste ou d’un comportementaliste spécialisé permettra d’individualiser la ration pour chaque animal, en tenant compte de ses besoins et de ses éventuelles pathologies.
Ce n’est pas la variété qui fait défaut dans l’alimentation crue, mais la rigueur sur les sources, la préparation, et surtout la rotation entre différentes protéines animales. Les poissons petits, frais, issus de la filière “humaine”, et préparés avec méthode, peuvent constituer un plus sain et naturel… à condition de ne jamais négliger la sécurité alimentaire.
Le BARF, bien pensé, permet de conjuguer plaisir, santé et découverte culinaire pour nos chiens et chats. Comme toujours, les choix doivent se faire en connaissance de cause : observer, questionner, varier, c’est privilégier chaque jour la santé et le bien-être de nos compagnons.