La méthode BARF (Biologically Appropriate Raw Food ou « Nourriture crue biologiquement appropriée ») a bouleversé les habitudes de nombreux propriétaires d’animaux de compagnie. Exit les croquettes industrielles et l’alimentation strictement ménagère, on privilégie une ration composée essentiellement de viandes crues, d’os charnus, d’abats et de légumes. Ce régime, conçu à l’origine pour se rapprocher de l’alimentation naturelle du chien et du chat, est plébiscité pour ses bénéfices perçus sur la vitalité, le poil, la digestion ou encore la santé bucco-dentaire (Royal Canin Vet Focus).
Mais nourrir au cru ne s’improvise pas : plus de liberté implique aussi d’assumer toute la responsabilité des apports nutritifs. Les risques de carences ou d’excès existent, et la question des compléments alimentaires se pose alors, avec parfois des informations contradictoires.
Pour comprendre si les compléments sont nécessaires, il faut revenir aux bases : à quoi ressemble une ration BARF type et quels sont les besoins à couvrir ?
La difficulté : il n’existe pas de recette unique, chaque animal ayant ses besoins propres selon son âge, son activité, son état de santé ou son métabolisme. Les rations faites « au pif », en reproduisant simplement ce qu’on lit sur un forum, exposent souvent à des déséquilibres parfois invisibles sur le court terme.
Malgré la volonté de bien faire, plusieurs études vétérinaires font état de fréquents manques ou excès de certains nutriments dans les rations BARF, toutes espèces confondues. D’après une étude de l’ANSES en 2020 (source : ANSES), près de 7 rations sur 10 préparées à la maison (BARF et autres régimes ménagers) présentaient au moins une carence notable.
À l’inverse, certains nutriments peuvent être surdosés, engendrant des troubles digestifs, rénaux ou osseux. C’est le cas du foie, très riche en vitamine A : un excès chronique peut provoquer de la toxicité (surtout chez le chat). D’où l’importance, dans tous les cas, de bâtir la ration sur la base de recommandations précises (NRC 2006, FEDIAF).
L’objectif d’une ration BARF est d’être « complète » par elle-même, mais dans les faits, atteindre la parfaite adéquation entre besoins et apports naturels est délicat. Les compléments alimentaires permettent alors de sécuriser la couverture des besoins, surtout dans les situations suivantes :
Quelques compléments fréquemment nécessaires ou utiles dans le cadre d’une ration BARF :
Des compléments tels que la taurine (pour le chat, essentielle et présente naturellement dans le cœur et certaines viandes) ou la vitamine D3 peuvent aussi être envisagés selon la composition exacte de la ration (notamment pour les chats nourris exclusivement au muscle et abats sans cœur ni poisson).
Il convient de rappeler qu’en Europe, plus de 80 % des propriétaires pratiquant le BARF ajoutent des compléments de manière empirique, souvent sous la pression commerciale (Source : Université de Gand, 2020), sans réelle personnalisation ni suivi. Or, certains excès, comme le calcium ou la vitamine D, peuvent provoquer rapidement des troubles graves (lésions osseuses chez le chiot, hypercalcémie chez le chat adulte, etc.).
Sans ces éléments, tout ajout de complément alimentaire reste aléatoire : il peut sécuriser votre animal, ou l’exposer à des risques inutiles.
| Complément | Utilité | Risques en cas d’excès |
|---|---|---|
| Huile de poisson (saumon, sardine) | Oméga-3, soutien peaux/articulations | Diarrhée, troubles hépatiques, oxydation |
| Poudre d’œuf/coquille d’huître | Source de calcium | Problèmes osseux, rénaux |
| Algues (kelp, spiruline) | Iode, oligo-éléments, boost immunitaire | Hyperthyroïdie en cas d’abus |
| Levure de bière | Vitamines B, beauté du pelage | Ballonnements, réactions allergiques |
| Suppléments multivitaminés | En cas de ration incomplète/mal équilibrée | Surdosage en vitamine A, D, E |
Sources : AFSSA 2006, Anses.fr, Petfoodindustry.com
L’univers du BARF gagne du terrain, mais derrière la simplicité affichée, la réalité est que l’autonomie alimentaire ne s’invente pas. Une ration équilibrée ne doit rien au hasard : elle repose sur des calculs précis, une très bonne connaissance des besoins de l’espèce, et parfois, l’appui ponctuel de compléments alimentaires choisis de façon adaptée.
L’ajout de compléments alimentaires n’est ni systématique ni à bannir : il s’impose lorsque certains apports ne sont pas couverts par la ration naturelle, mais nécessite toujours une réflexion posée, une lecture critique des étiquettes et, si possible, le conseil d’un professionnel en nutrition animale.
L’essentiel reste l’observation attentive de votre animal : un poil brillant, des selles bien moulées, une vitalité sans faille sont les premiers signaux d’une alimentation réussie. Et si un doute subsiste, les analyses sanguines régulières et l’avis d’un vétérinaire restent le meilleur indicateur pour ajuster – ou non – une routine complémentaire.