BARF et compléments alimentaires : sont-ils vraiment indispensables pour nos chiens et chats ?

BARF : quand la ration ménagère rencontre la nature

La méthode BARF (Biologically Appropriate Raw Food ou « Nourriture crue biologiquement appropriée ») a bouleversé les habitudes de nombreux propriétaires d’animaux de compagnie. Exit les croquettes industrielles et l’alimentation strictement ménagère, on privilégie une ration composée essentiellement de viandes crues, d’os charnus, d’abats et de légumes. Ce régime, conçu à l’origine pour se rapprocher de l’alimentation naturelle du chien et du chat, est plébiscité pour ses bénéfices perçus sur la vitalité, le poil, la digestion ou encore la santé bucco-dentaire (Royal Canin Vet Focus).

Mais nourrir au cru ne s’improvise pas : plus de liberté implique aussi d’assumer toute la responsabilité des apports nutritifs. Les risques de carences ou d’excès existent, et la question des compléments alimentaires se pose alors, avec parfois des informations contradictoires.

Les grands principes d’une ration BARF équilibrée

Pour comprendre si les compléments sont nécessaires, il faut revenir aux bases : à quoi ressemble une ration BARF type et quels sont les besoins à couvrir ?

  • Viande crue maigre : source principale de protéines et d’acides aminés essentiels.
  • Os charnus crus : apportent calcium, phosphore et oligo-éléments.
  • Abats : foie, cœur, reins, riches en vitamines et minéraux.
  • Légumes/fruits : pour les fibres, certains micronutriments (vitamine C, fibres digestibles).

La difficulté : il n’existe pas de recette unique, chaque animal ayant ses besoins propres selon son âge, son activité, son état de santé ou son métabolisme. Les rations faites « au pif », en reproduisant simplement ce qu’on lit sur un forum, exposent souvent à des déséquilibres parfois invisibles sur le court terme.

Carences ou excès : où sont les véritables risques ?

Malgré la volonté de bien faire, plusieurs études vétérinaires font état de fréquents manques ou excès de certains nutriments dans les rations BARF, toutes espèces confondues. D’après une étude de l’ANSES en 2020 (source : ANSES), près de 7 rations sur 10 préparées à la maison (BARF et autres régimes ménagers) présentaient au moins une carence notable.

  • Calcium : déficit fréquent, surtout si les os sont insuffisants ou mal dosés (os trop riches/farine de mauvaise qualité).
  • Zinc, iode, cuivre : minéraux souvent oubliés, essentiels à de nombreuses fonctions immunitaires et métaboliques.
  • Vitamine D et E : apports variables, vitamine E souvent sous-dosée lorsque peu d’huiles végétales adaptées sont utilisées (Petfood Industry).
  • Acides gras essentiels : surtout en oméga-3 et 6, le manque d’équilibre est courant si l’on n’intègre pas de poisson gras ou d’huiles spécifiques (huile de poisson, huile de colza).
  • Phosphore : excès possible si proportion os/abats/viande mal ajustée.

À l’inverse, certains nutriments peuvent être surdosés, engendrant des troubles digestifs, rénaux ou osseux. C’est le cas du foie, très riche en vitamine A : un excès chronique peut provoquer de la toxicité (surtout chez le chat). D’où l’importance, dans tous les cas, de bâtir la ration sur la base de recommandations précises (NRC 2006, FEDIAF).

Les compléments alimentaires : qui en a vraiment besoin dans le BARF ?

L’objectif d’une ration BARF est d’être « complète » par elle-même, mais dans les faits, atteindre la parfaite adéquation entre besoins et apports naturels est délicat. Les compléments alimentaires permettent alors de sécuriser la couverture des besoins, surtout dans les situations suivantes :

  • Animal en croissance, femelle gestante/allaitante ou sénior : les besoins sont accrus ou particuliers, rendant l’équilibre plus complexe à obtenir.
  • Absence ou limitation de certaines catégories d’aliments : si l’animal tolère mal certains abats, n’a pas de poisson dans sa ration, ou que les os crus sont mal acceptés.
  • Problèmes de santé ou restrictions vétérinaires : insuffisance rénale, allergies alimentaires, maladies métaboliques nécessitent d’adapter voire de supplémenter.

Quelques compléments fréquemment nécessaires ou utiles dans le cadre d’une ration BARF :

  • Huile de poisson (type saumon ou sardine) ou capsules d’oméga-3 purs : pour compenser le manque d’EPA/DHA, anti-inflammatoires naturels.
  • Poudre de coquille d’œuf ou calcium purifié : lorsque l’apport d’os n’est pas suffisant (calculé selon la ration).
  • Levure de bière, spiruline, algues (kelp) : sources de vitamines du groupe B, de minéraux, d’iode (l’iode étant difficile à doser sans supplément si l’on n’a pas d’abats de mer ni d’algues alimentaires).
  • Vitamine E (tocoferol naturel) : antioxydant majeur, protège les acides gras insaturés des rations riches en graisses.
  • Zinc et cuivre (chélates) : en cas de ration déséquilibrée ou pour les animaux à poil long/épais, souvent plus à risque de déficit.

Des compléments tels que la taurine (pour le chat, essentielle et présente naturellement dans le cœur et certaines viandes) ou la vitamine D3 peuvent aussi être envisagés selon la composition exacte de la ration (notamment pour les chats nourris exclusivement au muscle et abats sans cœur ni poisson).

Les situations où les compléments alimentaires sont déconseillés

  • Ration déjà équilibrée avec suivi vétérinaire ou nutritionniste : ajouter au hasard plusieurs compléments peut entraîner des surdosages, néfastes à long terme.
  • Absence de diagnostic : un complément ne remplace jamais un diagnostic, par exemple pour la fatigue, les troubles digestifs ou cutanés : une supplémentation non raisonnée peut masquer le problème sans le résoudre.

Il convient de rappeler qu’en Europe, plus de 80 % des propriétaires pratiquant le BARF ajoutent des compléments de manière empirique, souvent sous la pression commerciale (Source : Université de Gand, 2020), sans réelle personnalisation ni suivi. Or, certains excès, comme le calcium ou la vitamine D, peuvent provoquer rapidement des troubles graves (lésions osseuses chez le chiot, hypercalcémie chez le chat adulte, etc.).

Comment évaluer les besoins de son animal ? Questions à se poser avant de supplémenter

  1. La ration est-elle calculée selon les recommandations officielles ? Autrement dit : un calcul précis des quantités et des pourcentages doit être fait (zone d’équilibre de 60-70% de viande, 15-20% d’os charnus, 10-20% d’abats, 5-10% de légumes/fruits pour le chien adulte par exemple).
  2. Un vétérinaire spécialisé a-t-il validé votre plan alimentaire ? Nombre de vétérinaires proposent aujourd’hui un service de plans personnalisés.
  3. Les paramètres individuels sont-ils pris en compte ? Âge, activité, état de santé, antécédents médicaux.
  4. La qualité et la source des ingrédients sont-elles connues ?
  5. Des analyses de sang ou de selles ont-elles été réalisées pour vérifier les apports ?

Sans ces éléments, tout ajout de complément alimentaire reste aléatoire : il peut sécuriser votre animal, ou l’exposer à des risques inutiles.

Panorama : les compléments alimentaires les plus courants dans le BARF

Complément Utilité Risques en cas d’excès
Huile de poisson (saumon, sardine) Oméga-3, soutien peaux/articulations Diarrhée, troubles hépatiques, oxydation
Poudre d’œuf/coquille d’huître Source de calcium Problèmes osseux, rénaux
Algues (kelp, spiruline) Iode, oligo-éléments, boost immunitaire Hyperthyroïdie en cas d’abus
Levure de bière Vitamines B, beauté du pelage Ballonnements, réactions allergiques
Suppléments multivitaminés En cas de ration incomplète/mal équilibrée Surdosage en vitamine A, D, E

Sources : AFSSA 2006, Anses.fr, Petfoodindustry.com

Le mot-clé : adaptation et suivi individualisé

L’univers du BARF gagne du terrain, mais derrière la simplicité affichée, la réalité est que l’autonomie alimentaire ne s’invente pas. Une ration équilibrée ne doit rien au hasard : elle repose sur des calculs précis, une très bonne connaissance des besoins de l’espèce, et parfois, l’appui ponctuel de compléments alimentaires choisis de façon adaptée.

L’ajout de compléments alimentaires n’est ni systématique ni à bannir : il s’impose lorsque certains apports ne sont pas couverts par la ration naturelle, mais nécessite toujours une réflexion posée, une lecture critique des étiquettes et, si possible, le conseil d’un professionnel en nutrition animale.

L’essentiel reste l’observation attentive de votre animal : un poil brillant, des selles bien moulées, une vitalité sans faille sont les premiers signaux d’une alimentation réussie. Et si un doute subsiste, les analyses sanguines régulières et l’avis d’un vétérinaire restent le meilleur indicateur pour ajuster – ou non – une routine complémentaire.